L'Histoire

HISTORIQUE
par Mireille BIALEK

L'origine du nom

Si dans les champs autour d'Offranville, les agriculteurs contemporains, en retournant profondément la terre, ont trouvé des haches, pointes de lance, couteaux du néolithique, qui attesterait que des peuplades ont séjourné en ces lieux, si l'on a découvert, en 1895, un cimetière mérovingien dans le bois dit de « La Londe »,à quelle époque peut-on situer la création du village ?

L'histoire lointaine est muette ! Au XIX siècle, des auteurs mentionnent que vers 636 le roi Dagobert donne aux moines de l'abbaye de Saint-Denis, près de Paris, 27 villes et villages parmi lesquels Offranville.

Malheureusement, il n'existe plus trace de cette charte...

Néanmoins, un texte de 750, conservé aux Archives Nationales, précise que dans un jugement de Pépin le Bref, maire du Palais, il est restitué à l'abbaye de Saint-Denis divers biens, dont douze localités dans le Talou avec la baronnie de Berneval sous le nom de Brittenevalle, Offranville dépendant de cette baronnie.


 

Si le village d'Offranville existe donc aux VIIe ou VIIIe siècles, il porte un nom latin qui nous est inconnu.

Le toponyme Offranville remonte à l'époque romane, composé de « Wulfran », nom d'origine germanique et de « ville », suffixe couramment utilisé aux Xe et XIe siècles pour former un nom de paroisse.

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Les fiefs

Au IXe siècle, les Vikings dépouillent les Religieux de leur seigneurie, qui leur est rendue par Rollon.

En 1284, les moines échangent le vaste domaine de Berneval avec Guillaume de Calletot, écuyer, seigneur et châtelain de Montmélian et d'Aubervilliers.

Au début du XIXe s. Robert de Calletot a une fille, Jeanne, qui apporte son héritage dans l'illustre famille de Montmorency, par son mariage, à Jean Ier. Leur petite-fille, Marguerite, se marie en 1351 avec Robert d'Estouteville, fils de Robert d'Estouteville et de Marguerite de Hotot (Hautot sur -mer, près d'Offranville).

Le patrimoine des Estouteville, confisqué durant la Guerre de Cent Ans, leur est restitué par Charles VII.

Au XVIe s., après la mort de Jean III d'Estouteville, sa fille, Adrienne, est mariée par François Ier à son cousin François de Bourbon ; à cette occasion, le roi érige en duché les terres des Estouteville, qui s'étendent du Havre à Dieppe.

De cette union, naît Marie, qui épouse, en secondes noces, en 1563, Léonor d'Orléans, duc de Longueville. A la mort de ce dernier duc, en 1694, le duché est éteint ; les autres terres reviennent à sa sœur, Marie d'Orléans, comtesse de Nemours, veuve de Henri de Savoie;

Ses héritiers sont les Grimaldi qui posséderont des biens à Offranville jusqu'à la Révolution.

Les Estouteville ont semble-t-il- cédé des fiefs puisqu'on relève dans des manuscrits -inédits- du XVIe s. que la vicomté de Cany-Caniel, les religieux de Charlemesnil, le seigneur de Biville-la-rivière, Jacques de Baucquemare (héritier de Jehan Ango de Varengeville), les Manneville, les Fournier, perçoivent des droits seigneuriaux sur la paroisse d'Offranville.

 

Le XIXe s. voit le développement d'Offranville, devenu chef-lieu de canton, entraînant la création d'une Justice de paix, d'une étude notariale, d'un bureau de Poste l'ouverture de petits commerces et artisans.


Les fermiers se partagent entre la culture des terres (aux mains de quelques familles nobles ou bourgeoises dieppoises) et le tissage pour les hommes, le filage pour les femmes ; chaque ferme s'équipe d'un métier à tisser et d'un rouet.
 

En 1848, une ligne de chemin de fer est ouverte entre Rouen et Dieppe ; Offranville doit avoir une gare, proche du fleuve « La Scie ».

Le Conseil municipal de l'époque déclarant ne pouvoir assumer les frais à engager par la commune, c'est Saint-Aubin-sur-Scie qui sera desservi...

Une autre ligne est construite entre Dieppe et Fécamp : « Le Central Cauchois », en 1898.

Une gare dans Offranville accueillera des voyageurs jusqu'en 1946 et du frêt jusqu'en 1985.

L'évolution se poursuit au XXe s. avec deux « cassures » : au cours de la guerre de 1914-1918, 64 Offranvillais tombent du côté de Verdun .Le village est « occupé » par des troupes en convalescence ou au repos.

La Seconde Guerre mondiale éprouve la population par les bombardements de juin 1940 et ceux d'août 1942. Les premiers V1, fin 1943, tirés -avec plus ou moins de succès !- des rampes de lancement installées dans les communes voisines, terminent -pour quelques uns- leur trajectoire dans les boqueteaux, inquiétant alors les témoins, ignorants de cette nouvelle arme....


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Quelques événements

Après la funeste Guerre de Cent Ans (1337-1453), une partie du royaume -dont la Normandie -dévastée, dépeuplée, les lignages interrompus par les décès (les nobles armaient et entretenaient les troupes, c'est-à-dire les serfs), les terres en friche, il faut reconstruire, reconstituer des fiefs, faire revivre le pays. Louis XI, roi méconnu (calomnié par les historiens du XIXe s.) œuvre à l'unité et à la grandeur de la France.

Offranville (le nom est attesté par un document de 1503) se relève du désastre, la population augmente, le travail de la terre reprend. C'est la « renaissance », la prospérité s'installe... pour retomber dans le malheur engendré par les Guerres de Religion, à partir de 1562, pendant plus de trente ans, une lutte fraticide opposant catholiques et protestants.

Un épisode se déroule à Offranville, en 1589 : les Ligueurs catholiques commandés par Fontaine Martel, attaquent les royalistes dieppois, du parti d'Henri de Navarre, protestant, en marche vers le village d'Offranville-Neufmesnil ; au cours de cette utte inégale, les calvinistes en nombre inférieur, voient leur capitaine tué.

En septembre de la même année, Henri IV (depuis peu) pour consolider son titre de Roi de France, combat, en Normandie, les troupes du duc de Mayenne. Et gagne la bataille d'Arques,le 22 septembre.

On trouve, à Offranville, dans un bail de 1591, passé entre un propriétaire, bourgeois dieppois et son fermier, ce détail très intéressant : pour la récolte de 1589, le fermier n'eut pas de grains parce qu'ils « auroient esté consommez pillez emportez dégastez par les soldaz tant de l'armé de sa maiesté que dicelle de la Ligue ayant esté en les quartiez tost aprez la despouille (récolte).


En 1592, Fontaine Martel, à Offranville, assaille un campement de royaliste dieppois dans un enclos, dont les chroniqueurs ont laissé une description trop vague pour permettre de situer l'action ; lourd bilan : 120 ligueurs et 40 royalistes périssent.


Outre les guerres qui déciment les populations, un autre fléau s'abat en 1659 sur le village : la peste. Les habitants, démunis, ne peuvent qu'invoquer Dieu et décider un pèlerinage à la chapelle Notre-Dame des Vertus (construite en 1637) sur la paroisse de Saint-Aubin-sur-Scie promettant de revenir chaque année... sans tenir parole !

En 1718, nouvelle épidémie ; cette fois les Offranvillais gravent, en lettres d'or, leur détermination à parcourir, une fois l'an, le chemin qui monte aux Vertus ; manifestation respectée encore de nos jours, le 1er mai.


En 1813, lors d'un séjour à Dieppe, la reine Hortense , accompagnée de ses deux jeunes fils, dont le futur Napoléon III, est reçue au château des Marettes par le marquis Deschamps de Boishébert, descendant des Chauvin.

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Personnalités

 

Jehan Véron (15..-1620)

Sa famille est déjà implantée à Offranville, au début du XIVe s. Ce sont de grands bourgeois dont l'ascension s'est considérablement accrue au cours des XVe et XVIe s. par des alliances avec d'autres dieppois tout aussi puissants, les Caude-Coste et les Maynet.

Les parents de Jehan Véron construisent, au milieu du XVIe, une maison, dont la façade Nord, en grès, est bordée par l'actuelle rue Verte.

On pénètre dans la cours par une très imposante porte charretière, surmontée d'un étage d'habitation, en colombage ; elle est accolée d'une porte piétonne.

En face, se dresse l'élégant colombier, en brique rose, à l'appareil réticulé du plus charmant effet ; il porte, au-dessus de la petite porte d'accès- deux écussons, l'un « parti Véron-Caude Coste », l'autre parti « Véron-Maynet ».

La façade Sud de la maison a été reconstruite, en 1731, après un incendie, dans le style Louis XIII, par une famille acquéreur des biens de J. Véron.

Ce dernier, veuf, en 1588, sans enfant, a occupé la fonction de prêtre, les trente dernières années de sa vie ; il est le fondateur d'un collège, près de la Mairie, tenu par des religieux jusqu'à la Révolution.

 

Le Général Le Baron (1802-1890)

Né à Dieppe, brillant élève, il intègre Polytechnique, épouse la vie militaire ; ses faits glorieux lui valent le grade de général.

Responsable de la construction des Mont-Valérien et d'Issy-les-Moulineaux, il participe à la campagne d'Italie, en 1859, sous le commandement de Mac Mahon ; blessé à Magenta.

Républicain convaincu, malgré ses services sous la royauté, il prend sa retraite à Offranville et construit une maison en 1863. Peu de temps après il réintègre l'armée, sous Napoléon III, âgé de soixante huit ans !

Et ce malgré son peu d'attachement à l'empereur...

Il est chargé de l'organisation de Paris assiégé !!

D'un esprit frondeur, il avait donné des noms à sa basse-cour : une poule s'appelait « Sarah Bernard », un canard du nom d'un député parce qu'il savait nager !, un dindon celui d'un diplomate, même un corbeau familier se nommait « makako », roi du Congo...

La paix retrouvée, il se consacre aux Offranvillais.

Son testament comporte vingt-cinq legs, dont une rente pour l'entretien de ses chiens !

Son décès fut ressenti comme un grand deuil pour Offranville et les environs ; les maisons du village furent pavoisées de drapeaux tricolores, garnis de crêpe ; une foule considérable de notables et la population suivirent ses obsèques et son inhumation au cimetière.

 

Jacques-Emile BLANCHE (1861-1942)

D'une famille dont le berceau se situe dans l'Orne pour son arrière grand-père et dès la fin du XVIIIe s. à Rouen et Paris pour son grand-père. Ce dernier Sylvestre-Esprit (Rouen 1796-Paris 1852), aliéniste, installe une première clinique à Montmartre, rue Norvins dans « La Folie Sandrin ».

Aidé de l'un de ses fils, Emile-Antoine (1820-1893), ils transfèrent la clinique, à Passy, dans l'Hôtel de Lamballe : lieu de naissance de Jacques-Emile, quatrième enfant du mariage d'Emile-Antoine et de sa cousine Félicité (1820-1895).

Le garçon grandit, avec son frère Joseph (1856-1868) entre Paris, les vacances à Dieppe chez les cousins, le docteur Lallemant ; deux autres enfants étant décédés avant 1861.

Demeuré le seul de cette fratrie, sa mère protège et surprotège le « tardillon » comme il se définit.

Après le baccalauréat, Jacques-Emile souhaite devenir peintre ; il entre à l'Académie Henri Wallet, rue Verniquet, (Paris XVIIe) pendant deux ans où enseignent Henri Gervex et Ferdinand Humbert.

Puis, il travaille seul et maîtrise son art après des années de recherches, de découragement, de succès.

Il voyage beaucoup à travers l'Europe, surtout en Angleterre.

En 1895, il se marie avec Rose Lemoinne, une amie d'enfance et de vacances dieppoises.

Rose vivant avec sa mère , veuve depuis 1892,et ses deux sœurs, célibataires, Blanche en épousant Rose « épouse quatre femmes » lui prédisait sa mère !!

Les étés se dérouleront dans différentes maisons prises en location, celle de Dieppe « Le Bas-Fort-Blanc » construite par le docteur Blanche en 1879-80 étant trop venté aux dires de ses dames !

C'est ainsi que les Blanche louent en juillet 1902, à Offranville, le beau manoir du Tot.

A partir de 1903, le peintre signe un bail annuel et sera offranvillais entre des voyages, des séjours prolongés à Londres, sa résidence d'hiver à Paris, rue du docteur Blanche.

Après son mariage, il avait construit dans le jardin de ses parents, autour de son atelier une grande maison dont « le salon sera l'un des plus beaux de Paris » écrira-t-il...

 

La peinture ne suffisant pas à exprimer toutes ses pensées, Blanche sera un écrivain, connu et reconnu ; il a publié vingt-cinq livres, traitant surtout de peinture mais aussi des romans, son journal de guerre (14-18) et ses mémoires.

Il participe à de nombreuses expositions individuelles ou collectives tout au long de sa vie.

Sera l'ami et le peintre de tous les illustres sur plus de cinquante ans ; le portrait célébrissime de Marcel Proust en est l'exemple le plus marquant ; le tableau figure dans de très nombreuses expositions quant le sujet des littérateurs du XXe siècle est traité (présenté au Musée d'Orsay).

Il recevra de nombreuses et prestigieuses décorations dont la Légion d'Honneur (commandeur).

Il aura vécu trois guerres .... En 1942 il s'éteint à Offranville dans une petite maison achetée rue de la Gare : « Le Clos Bernard » du prénom de l'un de ses petits-fils. N'ayant pu avoir d'enfant, le couple a adopté, en 1938, un petit-cousin de Rose, Georges Mévil.

 

Pour prolonger sa mémoire à Offranville, Blanche a fait don à la commune de plusieurs tableaux pour créer un Musée. Il sera inauguré dans une salle de la Mairie, en 1939.

La collection s'étant « étoffée » par des prêts, dons ou dépôts, le nouveau Musée ouvre ses portes le 24 juin 1995, à l'étage de la Maison du Parc...